Les maux digestifs des plus petits peuvent parfois être une énigme. Entre les coliques du nourrisson que l’on peine à identifier, les reflux gastro-œsophagiens qui nous font souffrir pour eux et les classiques constipation ou diarrhée que l’on sait gérer sur nous mais pour lesquelles on se retrouve démunis lorsqu’il s’agit de nos petits choux, on se retrouve parfois déboussolés sans pouvoir appliquer nos bons réflexes de santé naturelle.
Voici donc des informations clefs et des astuces testées et approuvées pour vous aider à faire face à ces situations, main dans la main évidemment avec votre pédiatre ou médecin généraliste.
Un article de Marion Pezard, naturopathe et productrice du Podcast Healthyliving
Le système digestif d’un enfant
La première chose à avoir en tête lorsque l’on s’intéresse à la santé digestive des bébés, c’est que leur système n’est pas mature à la naissance. C’est la raison pour laquelle, pendant les premières semaines ou mois de vie, nous pouvons peiner à les soulager ou à trouver ce qui leur cause du souci.
Pour ne donner que quelques exemples, le bébé ne verra son acidité gastrique complètement mature qu’autour de ses 1 an, ses enzymes digestives notamment la pepsine autour de 18 mois et ses enzymes pancréatiques seront relativement faibles jusqu’à ses 3 ans.
En parallèle de cela, l’estomac d’un bébé est plus petit, le cardia (la petite porte qui sépare l’estomac de l’œsophage) est peu tonique ce qui peut causer des régurgitations ou du reflux et l’intestin grêle est plus court créant un transit un peu plus accéléré et une motricité intestinale encore irrégulière.
Tout cela est absolument normal et nécessite donc une alimentation, du lait puis des aliments au fil de la diversification alimentaire, tout à fait adaptés à leur capacité digestive et les besoins liés à chaque étape de leur développement.
Le microbiote, clef de l’équilibre
En parallèle de la maturation du système digestif, un élément est clef pour la santé globale de l’enfant, sa digestion mais aussi son immunité et son développement, il s’agit du microbiote.
Le microbiote représente toutes les bactéries qui colonisent nos intestins (on en aurait d’ailleurs bien plus que nous n’avons de cellules, c’est étourdissant) et le bébé va constituer le sien dès sa naissance, en lien avec le microbiote de la mère.
Les études ne font à ce jour pas consensus sur une possibilité de formation du microbiote pendant la période in utero malgré de probables influences maternelles, en revanche il est certain que l’accouchement est un moment clef pour l’implantation du microbiote de l’enfant selon son mode de naissance. Ensuite, celui-ci continuera de se former pendant l’allaitement s’il y en a un, au travers des contacts peau à peau entre l’enfant et ses parents mais également au contact de tout l’environnement dans lequel il va évoluer.
D’ailleurs, il semblerait que le microbiote évolue très rapidement pendant les trois premières années de vie de l’enfant, puis qu’il trouve ensuite un équilibre et soit plus stable. A savoir que nous avons chacun notre propre carte d’identité du microbiote car il n’en existe pas deux identiques. C’est un sujet fascinant !
Il y a donc de nombreuses choses que les parents peuvent mettre en place dès le désir de grossesse puis tout au long de l’enfance pour soutenir le microbiote de l’enfant : une alimentation variée, brute, de saison, des contacts en peau à peau fréquents, un environnement naturel et non aseptisé, des cures de probiotiques au besoin etc.
Maux digestifs fréquents et solutions naturelles d’apaisement
Malgré le meilleur contexte possible et toute notre bonne volonté de parents, il arrive que nos petits choux souffrent de maux digestifs et cela est tout à fait normal au cours de leur développement.
Commencez toujours par consulter votre médecin ou pédiatre lorsque l’enfant rencontre une gêne, qui plus est si cela est accompagné de fièvre ce qui représente une urgence chez un nourrisson. Cela vous permettra d’avoir un diagnostic clair et de pouvoir faire face à une éventuelle urgence sans prendre de risques.
En parallèle de cela, il est possible de mettre en place des choses naturelles pour soulager son bébé ou enfant ainsi que pour accompagner un éventuel traitement.
Coliques du nourrisson
Les coliques du nourrisson sont extrêmement fréquentes, elles concerneraient 1 enfant sur 4, elles ne sont donc pas graves ni alarmantes mais peuvent en revanche être très éprouvantes pour les parents.
Une première notion pour se rassurer, prônée par le Dr Philippe Grandsenné (1) : la théorie des 100 jours. Il estime que la plupart des troubles des nourrissons, dont les coliques, auront disparu d’eux-mêmes à l’issue des 100 premiers jours de vie. Et je dois dire que cela semble tout à fait se vérifier dans la pratique, c’est encourageant !
En attendant, vous pouvez soulager votre bébé en lui massant quotidiennement le ventre, tout en douceur et dans le sens des aiguilles d’une montre, avec une huile végétale d’amande douce. Vous pouvez également coupler cela avec l’utilisation d’une petite bouillotte aux noyaux de cerise légèrement tiédie.
Vous pouvez aussi faire faire le pédalo à votre bébé en lui ramenant doucement les genoux sur le buste l’un après l’autre afin d’aider le péristaltisme intestinal et l’élimination des gazs.
Il existe en pharmacie une préparation ancienne appelée Julep Gommeux (sur avis médical pour un bébé de moins d’un mois) à base d’eau de chaux et de fleur d’oranger qui a fait ses preuves sur les coliques, mais il est également tout à fait possible de proposer un peu d’hydrolat de fleur d’oranger bio sur un lange pour que le bébé le suce et en absorbe un petit peu.
Certains bébés souffrant de coliques seront plus à l’aise sur le ventre. Proposez-leur éventuellement cette position lorsque vous pouvez les surveiller ou lorsque vous les portez dans vos bras afin de voir si cela peut les apaiser.
Il est également intéressant dans ce cas de figure de s’assurer que le bébé a une bonne succion, au sein ou au biberon, avec l’aide d’une conseillère en lactation, d’un chiropracteur, ostéopathe ou pédiatre. Parfois, l’identification d’un frein de langue ou d’une mauvaise position d’allaitement par exemple peut grandement soulager le bébé et son parent.
Si vous allaitez, on vous proposera peut-être aussi de tester un temps l’éviction d’aliments pouvant déranger votre enfant comme les produits laitiers, les boissons gazeuses ou excitantes, les crucifères si vous en consommez beaucoup.
Cette période de vie est éprouvante pour toute la famille, alors essayez autant que possible de trouver un rythme calme, apaisé, routinier pour l’apaisement de tous, cela aura sans aucun doute des répercussions positives sur l’équilibre global et le ventre de votre petit amour.
Reflux
Le reflux gastro-œsophagien aussi appelé RGO est probablement l’une des principales craintes de la plupart des parents, et pour cause, il semble faire grandement souffrir l’enfant mais perturbe aussi son rythme, son sommeil et éprouve les parents.
Il est important d’avoir en tête qu’un reflux peut être externe mais aussi interne c’est à dire qu’il peut ne pas se voir et rester non diagnostiqué un certain temps de ce fait. Il est donc toujours très important d’avoir l’avis d’un médecin ou pédiatre pour éviter une trop longue errance médicale et les complications qui peuvent subvenir.
De la même manière que pour les coliques, un suivi avec un ostéopathe, chiropracteur ou une conseillère en lactation peut également être salvateur afin d’identifier une éventuelle problématique de succion ou un trouble oro-myo facial.
Si la mère allaite, on essayera là aussi éventuellement une éviction des allergènes fréquents ainsi qu’un travail sur son terrain et en particulier son microbiote pour limiter l’inflammation.
Si l’enfant est nourri aux préparations infantiles, il pourra être utile de tester différents types de laits mais aussi de formes de tétines pour trouver ce qui lui convient le mieux et de veiller à la qualité de l’eau. On veillera également à donner à l’enfant de petites quantités plus régulièrement et à bien le maintenir en position verticale après l’avoir nourri. Le porte bébé ou l’écharpe de portage sont de vrais alliés dans ces moments-là !
L’hydrolat de fleur d’oranger bio est là encore une solution facile pour apporter un peu de soulagement, dans de l’eau si l’enfant en boit ou s’il est trop petit pour boire de l’eau, on imbibe un lange qu’on lui donne à sucer.
Si cela ne suffit pas, on pourra approfondir le sujet en proposant du gel d’aloé vera (de qualité alimentaire – à ne pas confondre avec le gel d’aloe vera Bioflore qui lui est destiné à un usage externe) avant et après les tétées, du plasma marin isotonic, de l’argile verte en poudre ou encore des post-biotiques mais il est essentiel pour cela de vous faire accompagner par un professionnel de santé et un.e naturopathe.
Enfin, on recommandera de travailler sur le nerf vague et l’apaisement de l’enfant en proposant par exemple un bain bébé thérapeutique, une séance de refléxologie plantaire ou encore de kinésiologie. Les effets peuvent être surprenants sur l’enfant mais aussi sur les parents.
Constipation
La constipation peut frapper l’enfant à tout âge mais elle est d’autant plus fréquente autour de la diversification alimentaire lorsque le système digestif transitionne du lait vers une variété d’aliments.
Alors qu’un bébé allaité peut ne pas émettre de selles pendant plusieurs jours sans que cela ne soit inquiétant (à condition qu’il prenne du poids normalement, s’alimente régulièrement et ait un ventre bien souple) car le lait maternel est très digeste et produit peu de déchets, lorsque l’enfant commence à manger on préfère observer des selles quotidiennes.
Si ce n’était pas le cas, la première chose à regarder est son hydratation, or le passage à la consommation d’eau en espaçant les tétées ou biberons peut mettre un peu de temps à se mettre en place.
Ensuite, on proposera des aliments riches en fibres douces et en eau comme les légumes cuits doucement à la vapeur et on limitera à l’inverse les aliments connus pour ralentir le transit comme la banane, le riz, la carotte.
Si votre enfant a découvert ces aliments, vous pouvez lui proposer par exemple une compote pomme pruneaux en réhydratant bien les pruneaux avant de les mixer aux pommes cuites.
Il est d’ailleurs possible de glisser dans une compote ou un jus 1 à 2 cuillères à soupe d’un mélange de sel de nigari et d’eau (20g de sel de nigari pour 1L d’eau) pour un léger effet de purge.
Si l’enfant a 6 mois ou plus, il est possible de lui poser un cataplasme d’huile de ricin sur le ventre en massant bien dans le sens des aiguilles d’une montre et en recouvrant d’une compresse puis d’un lange afin que cela reste bien au chaud pendant la nuit. C’est une astuce efficace pour relancer le transit. Vous pouvez coupler cela avec une petite bouillotte aux noyaux de cerise juste tiède.
Les bains chaud peuvent aussi être utiles pour aider à détendre et relancer le péristaltisme intestinal et, si vous êtes familiers des bains dérivatifs, vous pouvez tout à fait en proposer à votre enfant dès ses 6 mois. L’idée est d’appliquer du frais au niveau du périnée à l’aide d’un gant de toilette imbibé d’eau fraîche ou d’une petite poche de glace enroulée dans un tissus pour créer entre autres une stimulation de l’intestin.
Enfin, si l’enfant souffrant de constipation est encore allaité, la mère peut mettre en place ces changements pour soulager son bébé.
Diarrhée
Lorsque c’est la problématique inverse qui apparaît, avec des selles liquides, très régulières et éventuellement des douleurs abdominales, la première chose à vérifier reste néanmoins l’hydratation car la diarrhée a tendance à fortement déshydrater et que ce phénomène arrive bien plus vite chez un bébé que chez un adulte.
Vous pouvez alors ajouter une cuillère à soupe de plasma marin isotonic dans le verre d’eau de votre enfant pour l’aider à se réhydrater.
Dans l’alimentation, pensez cette fois-ci à intégrer les aliments connus pour ralentir le transit comme par exemple le riz, l’eau de cuisson du riz à condition que celui-ci ait été bien lavé avant cuisson, les carottes à l’eau ou vapeur ou encore la banane.
Là encore, si l’enfant est allaité, la mère peut adapter son alimentation pour soutenir son bébé.
Il est également intéressant de masser le ventre de l’enfant avec une huile végétale comme par exemple celle d’amande douce, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre cette fois-ci.
À partir de 6 mois, vous pouvez proposer de l’hydrolat de thym si la cause est virale, à hauteur d’une cuillère à soupe par litre d’eau pendant 2 ou 3 jours à hauteur d’un verre par jour.
Chez l’enfant un peu plus grand, lorsque vous le sentez capable d’avaler cela, vous pouvez proposer un lait d’argile c’est à dire mélanger de l’argile blanche (la quantité correspondant à la taille de la paume de main de votre enfant) dans un verre d’eau à mélanger et avaler.
Il sera également intéressant de proposer une cure de probiotiques ou post-biotiques adaptés selon l’âge de l’enfant. N’hésitez pas à demander conseil pour cela.
Ces différents troubles sont passagers et ne doivent pas causer de modification majeure dans le comportement de votre enfant. Encore une fois, dans le moindre doute, pensez à consulter votre professionnel de santé et conservez tous ces conseils naturels dans votre boîte à outils en complément.
Vous voilà paré.e.s pour soulager les maux des jolis bidons arrondis de vos petits amours, car eux aussi ont droit au naturel pour les accompagner !
(1) Bébé, dis-moi qui tu es, Philippe Grandsenné